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Fragments d’ILRI: La viande dans nos assiettes, les vies dans nos lunettes


Olivia Pendergast, Boy and cow (go here to see more of this American artist's Malawi figuratives).

Olivia Pendergast, Boy and cow.

Olivia Pendergast, Boy and cow (aller ici pour voir plus de Malawi figuratives de cet artiste américain).

Cet article a été publié originellement en anglais sur ce site; traduit par Ewen Le Borgne.

Ce billet d’opinion partagé par Jimmy Smith, directeur général du Centre International pour la Recherche sur l’Elevage (ILRI) est paru le 23 février 2015 dans le journal The Economist, dans sa version anglaise The Meat We Eat, the Lives We Lift. Il reprend les critiques exprimées à l’encontre de l’élevage à la loupe pour comprendre les perspectives différentes sur cette question entre le monde développé et le monde en développement.


Evoquer l’élevage de nos jours génère de l’anxiété. On entend que les animaux d’élevage sont mauvais pour l’environnement, qu’ils sont une source majeure d’émissions de gaz à effets de serre, que la viande rouge est un facteur non négligeable dans l’épidémie mondiale d’obésité, ce qui contribue aux crises affectant la santé publique. Ces inquiétudes sont légitimes mais elles ne doivent pas occulter la prépondérance de l’élevage pour les moyens de subsistance, la santé et le bien-être de quelque trois milliards de personnes, comptant notamment certaines des plus pauvres de la planète.

Ces inquiétudes ne doivent pas non plus faire oublier les opportunités que le secteur de l’élevage – un secteur agricole connaissant l’une des croissances les plus rapides – présente pour s’attaquer aux défis de l’environnement, la santé, la nutrition et la sécurité alimentaire à une échelle globale. Ces problèmes ne sont au demeurant pas près de disparaitre si l’élevage est proscrit.

Regardons objectivement le débat actuel concernant le rôle même de la viande dans notre régime alimentaire. On ne fait que trop rarement la distinction entre les gens relativement riches qui font des choix malheureux en termes d’alimentation (et par exemple surconsomment la viande rouge et d’autres aliments riches) et les nombreuses personnes pauvres qui n’ont pas de choix en matière d’alimentation. Et certainement pas le choix de la viande, qui leur est souvent inaccessible pour des raisons économiques, même si elle constitue un aliment déterminant pour leur bien-être nutritionnel.

Paradoxalement, il semble presque hérétique de rappeler aux gens habitant dans les pays riches que dans la majorité du monde en développement, la production et la consommation d’animaux d’élevage sont essentielles pour les vies et moyens de subsistance de plus d’un milliard de personnes – ce qui est plus que la population combinée des Etats-Unis et de l’Union Européenne – qui vivent en-dessous du seuil journalier de deux dollars (USD).

Pour cette immense partie de l’humanité, l’agriculture animale apporte une source d’alimentation fiable et nourrissante pour leur communauté, ainsi qu’un moyen de générer un revenu régulier. Les éleveurs du Sud n’ont en général qu’une ou deux vaches, et un petit cheptel de chèvres ou de moutons. Il serait absurde de les pousser à abandonner l’élevage et les moyens de subsistance que ce secteur leur apporte. En revanche, on devrait plutôt se pencher sur les moyens d’améliorer la santé et la productivité de leurs animaux et d’accroitre leurs moyens d’ accès au marché. L’élevage est un pilier essentiel pour l’amélioration des moyens de subsistance en milieu rural, pour transformer les économies rurales et nourrir les populations urbaines du Sud qui sont en pleine croissance et demandent les protéines et nutriments essentiels que contiennent le lait, la viande et les œufs.

Une seule petite  portion de protéines animales – une pièce de viande de la taille d’un jeu de cartes à jouer par exemple – peut changer la vie du milliard de personnes mal nourries et de deux milliards de personnes en proie aux pénuries alimentaires. Une si faible quantité peut endiguer la malnutrition maternelle qui contribue au décès de 800 000 enfants en bas âge chaque année ; elle peut aussi diminuert la malnutrition infantile qui contribue à près de  la moitié des décès des enfants en dessous de cinq ans dans le monde.

La recherche a montré que des changements simples mais importants dans la sélection des animaux d’élevage peut générer du bétail à même d’aider les pauvres producteurs d’Afrique de l’est à tripler leur production animale. De telles opportunités abondent dans le secteur aviaire informel – qui constitue déjà une source majeure de nourriture et de revenus pour les populations pauvres de l’Afrique sub-saharienne et de l’Asie. On peut faire fructifier ces opportunités tout en gardant un œil sur la santé et la sécurité et sans avoir recours à l’approche industrielle qui est devenue la norme dans les pays développés.

Les gaz à effets de serre dus à l’élevage génèrent une inquiétude justifiée, car ils représentent 14.5% de ces émissions liées à des activités humaines. Mais il y a là également une opportunité rêvée : la contribution de l’élevage au changement climatique peut être singulièrement réduite en améliorant le régime alimentaire du bétail et d’autres ruminants, qui se nourrissent principalement d’herbe et de résidus de cultures – les tiges et feuilles des cultures céréalières qui subsistent  (restent ?) après avoir extrait les grains. En nourrissant les animaux au moyen de fourrage plus facile à digérer – et je ne parle pas des grains que les hommes consomment – on se débarrasserait de l’une des raisons principales de la production de gaz à effets de serre par les animaux d’élevage du monde en développement : une alimentation pauvre. Les bovins sont responsables de 65% des gaz à effets de serre aujourd’hui et les agriculteurs du Sud pourraient également réduire ces émissions en se concentrant sur des animaux plus appropriés pour un environnement et un contexte donnés – petits ruminants tels que les chèvres dans les zones sèches, porcs et élevage aviaire dans d’autres zones agro-écologiques.

Nous pouvons remettre en question les niveaux très variables de consommation de produits d’origine animale à travers le monde. La quantité recommandée de viande par jour est de 90 grammes. En moyenne, les consommateurs nord-américains consomment quotidiennement (par personne) trois fois cette quantité, alors que les consommateurs du Botswana consomment la moitié de cette quantité. Le département britannique de l’Energie et du changement climatique entrevoit la possibilité, à l’horizon 2050, de réduire la production de CO2 jusqu’à 15 gigatonnes – soit deux fois le montant des émissions de gaz à effets de serre générées actuellement par le secteur de l’élevage dans sa globalité – si et seulement si tout le monde adoptait le régime alimentaire recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé. Ceci implique bien entendu que certains d’entre nous réduisent leur consommation d’aliments d’origine animale et que d’autres améliorent leur régime en en consommant davantage.

Que veut bien dire tout ceci ? Que les animaux de ferme sont très différents d’un coin du globe à l’autre – appréciés dans les pays riches surtout pour la nourriture qu’ils apportent, et dans les pays pauvres surtout pour les moyens de subsistance et revenus qu’ils génèrent. Combiner des perspectives si diverses peut nous aider à gérer les problèmes que l’élevage présente aujourd’hui tout en améliorant les très nombreux avantages – majoritairement méconnus du public – qu’il peut apporter.

The Economist Insights: The meat we eat, the lives we lift, 23 février 2015.

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